Lors de la constitution ou d'une augmentation de capital avec apports en nature, la nomination d'un commissaire aux apports est en principe obligatoire. Cependant, le législateur a prévu un mécanisme de dispense spécifique aux SARL, encadré par des conditions strictes. Cet article, rédigé sur la base des Notes d'Information professionnelles de la CNCC (NI V), détaille les conditions légales, les seuils applicables, les risques en cas de surévaluation et les bonnes pratiques.
Pourquoi un commissaire aux apports est-il normalement obligatoire ?
Le commissaire aux apports (CAA) est un professionnel obligatoirement inscrit auprès de la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes (CNCC). Sa mission est définie par les Notes d'Information professionnelles (NI V, Tome 3) : il évalue de manière indépendante la valeur des biens apportés à une société et établit un rapport sous sa responsabilité.
Cette intervention répond à trois objectifs fondamentaux :
- Protéger les associés et les tiers contre les surévaluations d'apports en nature
- Garantir la réalité du capital social, gage de crédibilité auprès des partenaires financiers et commerciaux
- Sécuriser juridiquement l'opération conformément aux normes professionnelles de la CNCC
Base légale : Articles L.225-8 et R.225-8 (SA), L.225-147 (augmentation de capital SA), L.223-9 (SARL), L.227-1 (SAS par renvoi aux règles SA) du Code de commerce.
Quelles sont les conditions de la dispense ? (Art. L.223-9)
La dispense de commissaire aux apports est réservée aux seules SARL. Elle est soumise à quatre conditions cumulatives :
Comment fonctionne la dispense en pratique ?
Étape 1 : Vérification des seuils
Avant toute décision, les associés doivent vérifier que chaque apport en nature est valorisé à moins de 30 000 euros et que leur total ne dépasse pas 50 % du capital.
Étape 2 : Vote unanime
La dispense doit être décidée à l'unanimité des associés, ce qui est consigné dans le procès-verbal d'assemblée générale ou les statuts constitutifs.
Étape 3 : Évaluation par les associés eux-mêmes
En l'absence de commissaire aux apports, ce sont les associés qui fixent la valeur des apports. Ils deviennent personnellement et solidairement responsables de cette évaluation pendant 5 ans.
Cas pratique : comment un commissaire aux apports évalue-t-il les biens ?
Pour comprendre l'intérêt de recourir à un CAA même lorsque la dispense est possible, voici un exemple concret issu de nos missions, conforme à la méthodologie préconisée par la CNCC (NI V, Tome 3) :
Exemple : apport de titres non cotés lors d'une constitution de SARL
Contexte : Constitution d'une SARL holding par apport de 855 parts d'une SAS industrielle (métallurgie de précision).
Valeur retenue : 400 euros par action, soit 342 000 euros d'apport total.
Le commissaire aux apports a croisé 4 méthodes d'évaluation conformes aux normes CNCC :
Résultat de la pondération : 398 euros/action, arrondi à 400 euros. La valeur retenue se situe entre le plancher patrimonial (212 euros) et le plafond économique (428 euros), ce qui sécurise l'opération.
Cet exemple illustre la rigueur méthodologique du commissaire aux apports. En l'absence de CAA, les associés auraient dû justifier eux-mêmes cette évaluation complexe de titres non cotés, s'exposant à un risque de responsabilité solidaire pendant 5 ans.
Quels sont les risques en cas de surévaluation ?
La dispense de commissaire aux apports fait peser un risque significatif sur les associés. En cas de surévaluation d'un apport en nature :
SA, SAS : pourquoi la dispense n'existe-t-elle pas ?
Le législateur n'a pas prévu de mécanisme de dispense pour les SA (art. L.225-8 et L.225-147) ni pour les SAS (art. L.227-1 renvoyant aux règles de la SA). La raison est double :
- Les SA et SAS présentent souvent des enjeux financiers plus importants et une pluralité d'actionnaires à protéger
- Le rapport du CAA, déposé au greffe, constitue une garantie opposable aux tiers conforme aux exigences de l'article R.225-8
En conséquence : toute opération d'apport en nature en SA ou SAS impose la désignation d'un commissaire aux apports inscrit auprès de la CNCC, sans exception.
Quels types d'apports sont concernés ?
La dispense porte sur les apports en nature, c'est-à-dire tout apport autre qu'en numéraire. Voici les principales catégories traitées dans les rapports-types de la CNCC (NI V, Tome 3) :
Quels documents le commissaire aux apports demande-t-il ?
Conformément aux normes CNCC et à la lettre d'affirmation exigée par les Notes d'Information professionnelles, le dossier comprend :
- Projet de statuts ou PV d'assemblée générale extraordinaire
- Description détaillée de chaque apport en nature (nature, localisation, état)
- Justificatifs de propriété : titres, factures, contrats d'acquisition
- Évaluations existantes : expertises immobilières, estimations, rapports antérieurs
- États financiers récents de la société (ou de l'apporteur si personne morale)
- Détail des immobilisations et tableau d'amortissements
- État des sûretés, nantissements et engagements hors bilan
- Lettre d'affirmation signée par les dirigeants/apporteurs confirmant l'exhaustivité des informations transmises
Source : checklist de mission Mozar.io, conforme aux exigences de la CNCC (NI V, diligences du CAA).
Combien coûte un commissaire aux apports ?
Le recours à un commissaire aux apports représente un investissement modeste au regard de la sécurité juridique apportée. Chez Mozar.io, les honoraires sont déterminés par un scoring objectif :
Les 5 bonnes pratiques Mozar.io
- Vérifiez toujours les seuils AVANT de décider la dispense : listez chaque apport avec sa valeur estimée
- Documentez la valorisation de chaque apport même en cas de dispense : conservez les factures, expertises et estimations
- Conservez les pièces justificatives pendant au moins 5 ans (durée de la responsabilité solidaire)
- Pour les biens incorporels et titres non cotés, faites systématiquement appel à un CAA : le croisement de méthodes (ANR, DCF, multiples, transactions comparables) est indispensable
- En cas de doute, le coût du CAA (à partir de 950 euros HT) est dérisoire face au risque financier : privilégiez toujours la sécurité
Questions fréquentes
La dispense est-elle possible en SAS ?
Non. La SAS est soumise aux règles de la SA en matière d'apports (art. L.227-1 C. com.). Le commissaire aux apports est obligatoire pour toute opération d'apport en nature, y compris lors de la constitution.
Que se passe-t-il si les seuils sont dépassés après la dispense ?
Si les associés découvrent que la valeur réelle dépasse les seuils, ils doivent procéder à une régularisation et nommer un commissaire aux apports. À défaut, leur responsabilité solidaire est engagée de plein droit pour 5 ans.
Peut-on dispenser le CAA pour un apport de fonds de commerce ?
Juridiquement oui si les seuils sont respectés, mais c'est fortement déconseillé. L'évaluation d'un fonds de commerce nécessite un croisement de méthodes (valeur patrimoniale, capitalisation des bénéfices, barèmes professionnels) que seul un CAA peut réaliser dans les règles de l'art.
Le CAC de la société peut-il être nommé CAA ?
Non. Le commissaire aux comptes de la société ne peut pas être désigné commissaire aux apports de la même société. Cette incompatibilité, prévue à l'article L.822-11 du Code de commerce, garantit l'indépendance de l'évaluation.


